Association de Sauvegarde du

CHATEAU DE GAVRAY

La période des Ducs de Normandie

L'histoire de Gavray est totalement liée à l'histoire politique de la Normandie. Il n'y a jamais eu ici de château féodal appartenant à une famille : pas de seigneur de Gavray, pas de fief, mais un vicomte, un châtelain ou un capitaine, c'est-à-dire un représentant de l'autorité centrale, sous les ordres du duc de Normandie, du roi de France, du roi de Navarre ou du roi d'Angleterre.

 

 

Ni les textes ni l'archéologie ne permettent de dire avec précision à quelle date et par qui fut fondé le premier château de Gavray.

 

   

L’occupation de l’Avranchin et du Mortainais par les Normands ne s’est pas faite sans heurt avec le royaume de France. Bien qu’en pleine décadence, l’autorité des successeurs de Charlemagne se manifesta en 832, sous  Louis le Débonnaire, par l’attribution du château de Gavray et de ses dépendances à l’Abbaye de Saint Denis passant ainsi du domaine royal au temporel (source : dom Félibier - histoire de l’Abbaye de Saint Denis, pièces justificatives).

On peut penser qu'il existait un château ducal dès la moitié du XIe siècle, dans la jeunesse de Guillaume, duc de Normandie, pas encore devenu Le Conquérant. En effet, un texte de 1042 fait état d'une vicomté à Gavray. Ce texte place, d'emblée, Gavray dans le domaine ducal puisque les vicomtes sont des fonctionnaires publics exerçant leur pouvoir, non sur des terres leur appartenant, mais sur des terres du domaine ducal. De plus, la principale fonction des vicomtes au XIe siècle étant une fonction militaire (ils sont, avant tout, préposés à la garde des châteaux ducaux), il est logique de mettre en relation vicomté et château.

Les recherches archéologiques ont permis d'affirmer que le site a reçu une affectation militaire sans doute avant 1080. En effet, les traces d'une couche d'occupation qu'il a été possible de dater ont prouvé qu'il existait une enceinte fortifiée, peut-être de bois, sur la colline. La nature même du matériel mis au jour (un jeton de trictrac, une bague) semble bien indiquer une occupation aristocratique ou militaire dès cette époque.

C'est en 1091 que le château fait son apparition dans un texte : Henri Beauclerc, troisième fils de Guillaume Le Conquérant, en lutte contre ses frères, fortifie Gavray, en même temps que d'autres places fortes comme Avranches, Cherbourg et Coutances.

Une monnaie de Conan II, duc de Bretagne.
Emise vers 1070, elle a été trouvée dans la couche d'occupation.
Conan II est représenté à deux reprises sur la tapisserie de Bayeux : quand il s'enfuit de la ville de Dol, et, ici, quand il remet à Guillaume les clefs de la ville de Dinan.

Quelle forme avait donc la forteresse au XIe siècle ? La comparaison avec d'autres châteaux contemporains comme Falaise, Arques, Fécamp, Exmes, Caen, permet d'avancer qu'il s'agissait sans doute d'une grande enceinte sans donjon, épousant les formes du relief.
Cette enceinte est renforcée en 1123 par Henri Beauclerc, devenu roi d'Angleterre et duc de Normandie : il réorganise totalement la défense du duché et renforce d'une tour ou d'un donjon nombre de ses châteaux. D'autres travaux importants au donjon sont signalés en 1166. Peut-être s'agit-il de la tour ronde dont les vestiges ont été mis au jour sous le donjon carré ? (Cf. La tour ronde disparue)

Objets trouvés dans la couche d'occupation du XIe siècle et indiquant une occupation aristocratique ou militaire.
Bague Jeton de tric-trac en os Un dé à jouer en os

Robert Courteheuse partit pour la première croisade avec son oncle Eudes, évêque de Bayeux et avec grand foison de chevaliers, barons et autres gens de Normandie : le sire d’Estouville, les Paisnel, le sire de Hambye, Philippe et Henri de Saint Denis le Gast, Jean de Brécey, Guillaume de Percy et bien d’autres.

L’existence des gens de condition inférieure s’améliora beaucoup au cours du XIIe siècle. L’affranchissement des serfs avait fait de grands progrès. Ils pouvaient tester, paraître en justice, accepter le duel avec des hommes libres. Favorable au peuple, Henri Beauclerc fit abattre 1400 châteaux à meurtrières en Angleterre et tous les châteaux de Normandie nouvellement construit à l’exception de ceux qui pouvaient servir à la défense du pays. En même temps, il faisait vérifier les rôles des bannerets, évêques et chevaliers, redevables du service militaire dans les châteaux de son domaine. Parmi les habitants astreints à cette obligation figuraient : Roger de Montaigu, Raoul de Ver, le sire de Thienville, seigneur du Mesnil Garnier, Guillaume de Rollos, sire de la Bloutière. Les hommes de la baronnie de Saint Pair devaient, eux, faire le guet au château de Gavray.
Parmi les redevances dues au XIIe siècle, on relève dans les rôles du temps que :

« Guillaume de Rollos était inscrit pour le service d’un chevalier, la livraison d’une livre de poivre et la somme de sept livres pour l’aide de l’ost,
Gilberte de Sartilly avait versé 10 sols et 8 deniers pour piège de Richard d’Argences,
Richard Cœur de Lion percevait le revenu des droits de place recueillis pour trois foires à Gavray,
des prestations en nature et des services de toutes sortes étaient acquittés par les vassaux,
les tenanciers étaient tenus au transport des grains, du vin et du bois, dans des chars à quatre roues parfois attelés de vingt bœufs,
des corvées pour l’approvisionnement en viande, poissons, épices ou pour le nettoyage des pièces d’habitation et des étables, le curage des fossés, l’entretien des moulins, des biefs, des chaussées.
Des routes étaient dues pour le « vinage », le « poudrage » (droit au menu bois), la mouture des blés aux trois moulins banaux du roi, la vaine pâture dans les secondes herbes.
etc…………………………………….. »

 

L'Etat des fiefs de 1172, sous le règne de Henri II Plantagenêt, révèle que des seigneurs des environs doivent encore le service au château : parmi eux, les sieurs de Montaigu-les-bois, du Mesnil-Garnier, de Ver, de La Bloutière. Cent cinquante ans plus tard, les tenants des mêmes fiefs devront toujours les mêmes services.

 

En 1203, des travaux importants sont entrepris au château, pour le mettre en état de défense. En effet, Jean sans Terre, devenu duc de Normandie et roi d'Angleterre après la mort de son frère Richard Coeur de Lion, sent la nécessité de fortifier ses places, face aux menaces du roi de France, Philippe Auguste, qui s'apprête à conquérir la Normandie.

 

 

 

 

La barbacane vue du château.

Les travaux furent payés par « des plaids de l’épée » » de la baillie d’Avranches estimés à cinquante livres.
En 1199, Robert de Trégost est nommé capitaine du château. Il reste de cette époque un relevé des dépenses de ses tenanciers établi par Pierre de Praères :

« … avons versé, par ordre du roi, par jour pour chacun la solde de : 
3 chevaliers à raison de 6 sols,
5 écuyers à raison de 2 sols 6 deniers,
20 sergents d’armes à raison de 12 deniers,
En outre, il a été dépensé 263 livres 10 sols et 8 deniers pour :
la construction d’une barbacane, d’une salle, d’un vestibule (ou voûte), d’une garde robe avec deux greniers, deux portes, et huit créneaux,
la restauration  du pont-levis,
et, diverses réparations notamment aux moulins du roi à Gavray pour 14 livres, 13 sols et 8 deniers ».

Des aménagements résidentiels sont également effectués, en particulier une aula, vaste salle destinée aux fonctions officielles, et une camera, c'est-à-dire un logis où peut résider le souverain.

Du château normand, il ne reste sans doute aujourd'hui que la forme générale de l'enceinte.

Précédent

The history of the village of Gavray and its castle is inextricably linked to the political history of Normandy.
There has never been here a feudal castle belonging to a private individuel : the fortress was always under the authority of the Duke of Normandy, or the king of France, Navarre, or England....

THE PERIOD OF THE DUKES OF NORMANDY

Neither archive texts nor archeology allow us to say precisely when or by whom the first castle at Gavray was founded.

However it appears likely that a ducal castle was in existence as early as the middle of the 11th century, during the youth of William, Duke of Normandy, who had not yet become William the Conqueror. Indeed, a text of 1042 mentions a viscountcy at Gavray.

In 1091, Henry, the third son of William the Conqueror, fortified Gavray ; there was almost certainly a large surrounding wall, following the natural contours of the land, with no dungeon. Once he had become both King of England and Duke of Normandy, he strengthened this wall by adding a dungeon in 1123.

In 1203, important modifications were made to the castle : a barbican (an outbuilding protecting a gate) was built, and the drawbridge was repaired. Indeed Jean sans Terre (King John), who had become Duke of Normandy on the death of his brother, Richard the Lionheart, felt it necessary to strengthen his fortresses, faced with the threats from the King of France, Philip Augustus, who was preparing to conquer Normandy