Association de Sauvegarde du

CHATEAU DE GAVRAY

AUTRES BATIMENTS

 

4 – La pièce C 

4.1 Les structures apparentes 

C’est une pièce d’aspect régulier à peu près rectangulaire de 5m20/5m30 sur 6m35/6m40 :

- les murs sont faits de pierres de dimensions irrégulières, mais la construction est soignée. Ils présentent une surface plane, à l’exception du mur sud, complètement déformé par les racines d’un arbre arraché lors de la tempête de 1987.

- pour la première fois sur le site, on peut observer de l’enduit mural en place, sur le mur est. C’est un enduit blanc, lisse, sans trace de coloration.

- à l’angle sud-ouest, un accès de 1m50 de large est ménagé. De l’ouest, on descendait dans cette pièce par une ou plusieurs marches : une marche se dessine nettement dans la pièce, elle est constituée de pierres de dimensions irrégulières liées au mortier.

- en face, à l’angle sud-ouest, se trouve un accès à l’escalier voisin (tour d’escalier D). Ce passage est matérialisé au sol par un seuil formé de deux épaisses dalles de schiste. Une troisième dalle au sud a disparu.

 

Le pied droit gauche de la porte se compose de pierres bien taillées, qui terminent le mur est de la pièce, derrière lesquelles un espace arrondi paraît l’emplacement d’un poteau de bois. A droite de ce seuil, pas de pieddroit : le mur sud de la pièce se prolonge sans discontinuité vers l’est.

L’absence quasi-totale de matériel (tessons, objets, os), est très frappante par rapport à la zone du donjon. Si le sol n’était pas pavé, il était alors maintenu très propre.

Les très rares objets n’autorisent pas à avancer une datation. Cependant les carreaux de pavage trouvés ici sont communément datés du XIVe. On trouve les mêmes à l’abbaye d’Hambye toute proche. La monnaie de 1341 nous ramène à l’une des périodes les plus florissantes du château : celle des Navarrais ; mais rien ne permet d’avancer une datation certaine.

4.2 La fouille 

La seule couche d’occupation observée se situe dans l’angle sud-est, au niveau du seuil en schiste, elle s’est révélée très mince. Elle contenait du charbon de bois et des traces d’objets métalliques non conservés. Le seul matériel consistait en quatre, très petits, tessons dont trois en grès.
La minceur de la couche et la pauvreté de son contenu permettent d’imaginer que le sol de la pièce était maintenu très propre.
Les carreaux de pavage trouvés en grande quantité dans les niveaux supérieurs proviennent sans aucun doute d’un niveau ou d’un bâtiment voisin.

 

Le support de cette couche très dure, sur l’ensemble de la pièce, a fait apparaître de nouvelles pierres (dont certaines semblaient liés au mortier) et des dalles de schiste, au centre de la pièce.
Il devenait de plus en plus évident qu’il y avait là les vestiges d’une construction arasée. La couche de terre limoneuse, dont la couleur n’était pas homogène, apparaissait alors comme un remplissage de la pièce, destinée à amener le sol au niveau de l’arasement du mur.

Sans doute n’en restait-il que la base et la couche d’occupation ne s’était-elle préservée que dans l’angle sud-est, sous un gros amas de matériaux qui avait déjà protégé l’enduit sur le mur est.

Les deux murs arasés, vus de l’est

Dans l’angle sud-est, entre deux couches d’argile, subsistait un fragment de plaque de mortier, qui recouvrait légèrement les dernières pierres, au sud, du mur arasé nord-sud (trace de travaux de maçonnerie à ce niveau).
Il faut noter que toutes les couches mises au jour, dans l’angle sud-est, à l’exception de la couche d’humus, étaient rompues en bordure du mur sud, à 0,60 m de celui-ci. On ne trouvait alors qu’un remplissage de pierres.
On peut certainement imputer cette anomalie aux récupérateurs de matériaux car on a constaté, juste à côté, la disparition d’une plaque de schiste du seuil.

 
 Murs arasés : un arc bien visible, au sud
(un autre, au nord, disparaît sous le mur de la pièce C)

Après l’enlèvement complet de la terre limoneuse, sur l’ensemble de la pièce, il devenait possible d’appréhender l’aménagement antérieur de l’espace.

5 – Les bâtiments antérieurs de la pièce C 

 

Un mur nord-sud, large de 1,20 m, disparait, au nord, sous le mur nord de la pièce actuelle. Au sud, il est brusquement rompu à 1,60 m du mur sud de la pièce. Il présente la particularité de comporter deux arcs de décharge, formés de dalles de schiste disposées à chant. L’un deux est bien apparent, au centre de la pièce, l’autre a disparu en grande partie sous le mur nord.
Ce sont des dalles schisteuses presque ardoisières, bleuâtres à noirâtres provenant du Briovérien moyen. Ce dernier affleure sur la rive sud de la Sienne en pied de versant et a été exploité au Mont Brillon.

Un mur est-ouest, non solidaire du précédent, mais collé à celui-ci. Sans fondations, il repose directement sur la couche limoneuse, et l’on n’en possède qu’une assise de pierres. Il s’arrête à l’ouest, à quelques centimètres du mur ouest de la pièce.
Ces murs séparent donc l’espace intérieur de cette pièce en plusieurs zones distinctes.

On a pu constater également que le mur de la pièce n’est pas de construction homogène : si au niveau d’occupation de la pièce carrée C, il est grossièrement rectiligne, il devient vite évident, en fouillant, qu’il est en fait, au-dessus du niveau d’occupation de deux constructions différentes :

- à l’est, sa base déborde largement vers l’intérieur de la pièce,

- à l’ouest, son épaisseur est constante.

 
Le grand mur est-ouest, vu de son extrémité ouest. Les bâtiments au nord y sont accolés

Il devient alors intéressant d’observer ce mur, de l’autre côté, c’est-à-dire de la pièce A : on retrouve là les deux constructions observées dans la pièce voisine. On s’aperçoit aussi, là où le mur est le plus épais, il appartient à la même construction que le mur arasé nord-sud.
Voici ce qui oblige à envisager ces bâtiments d’une toute autre manière :

- l’angle sud-ouest, pour une raison inconnue et à une époque non déterminée a été en partie détruit,

- le mur sud, partiellement conservé, a alors servi de mur intérieur aux bâtiments AB. Mais, n’avançant pas suffisamment vers l’ouest il a été prolongé par un mur d’une épaisseur moindre,

- le mur ouest, quant à lui, a été arasé et a disparu sous la nouvelle construction C dont le sol a été établi à plus de 2m au-dessus des bâtiments AB. On peut donc s’attendre à trouver encore une grande épaisseur de remblai dans cette pièce.

La poursuite de fouilles permettrait de mieux cerner l’histoire et sa destination.

6 – L’angle nord-est de l’enceinte 

 

L’angle nord-est de l’enceinte apparaissait comme un vaste dôme arrondi, trop vaste pour n’être que l’effondrement du mur d’enceinte, mais impossible à identifier comme un bâtiment.
Après avoir arasé ce dôme, sur près d’un mètre, à sa plus grande hauteur, aucune stratigraphie n’est apparue. C’était, sans aucun doute possible, une épaisse couche de démolition, comportant des pierres de diverses dimensions, aux formes irrégulières, assez petites dans l’ensemble. De rares tessons (grès), des fragments de tuiles, de schiste de couverture et de pavés constituait le seul matériel.

L’apparition d’une couche de terre et la fouille entreprise ont ménagé deux surprises :

- une abondance de tessons (contraste frappant avec la pièce C),

- des structures,

c’est tout un ensemble de constructions qui étaient mis au jour :
            . le mur d’enceinte, à l’est, dont la face interne paraît bien conservée,
            . une tour d’escalier, appuyée au mur est-ouest,
            . un édicule carré lui aussi appuyé à ce mur,
            . des os de petits animaux (lapins, oiseaux…).

L’espace libre paraît être un espace extérieur, une petite cour (F)

 
L’angle nord-est de l’enceinte, en fin de fouille
(latrines, cour, mur d’enceinte)

7 – La tour d’escalier 

 

C’est un petit bâtiment (D) rectangulaire de 2m50 sur 2m70. Il est accolé au mur sud-ouest, sans en être solidaire. On y accédait de la pièce C par un seuil en schiste.

Un escalier tournant permettait le passage à un étage supérieur, mais il est impossible de savoir quel bâtiment il desservait. L’emplacement des premières marches est clairement discernable, mais la maçonnerie est trop abîmée pour qu’on puisse discerner les suivantes. 

 
Escalier D, vu de la pièce C

8 – Les latrines

 

C’est un petit bâtiment (E) rectangulaire de dimensions extérieures de 2m50 x 1m70 et intérieures de 1mx1m40. Il est appuyé au mur est-ouest qui présente un fruit assez important.

Il a été intégralement fouillé : le fond est constitué d’un sol plat, très dur, de gravillon lié au mortier, à 1,50 m au-dessous de l’arasement des murs.

Le mur nord est percé d’une ouverture de 60 cm de largeur et 80 cm de hauteur, bien délimitée par trois grosses pierres taillées. Les dimensions du réduit, sa position à l’extérieur d’un bâtiment, son ouverture à la base et enfin ses concrétions, semblent indiquer un usage de latrines. Il faut remarquer cependant que le bâtiment n’est pas en relation directe avec l’extérieur de l’enceinte. Ces latrines desservaient, ainsi que la cage d’escalier, le second étage du bâtiment AB, auquel elles s’appuient.
Cet édicule contenait peu de terre mais des cailloux, du mortier, de très nombreux de fragments de tuiles, des traces visibles de démolition, dans sa partie supérieure.

Le fond était très riche en objets :

- tuiles de toit,

- tuiles faîtières, dont une à glaçure verte, entièrement reconstituée,

- deux grands vases en grès de petites dimensions, une fiole en céramique vernissée, un verre-gobelet côtelé,

- de nombreux pavés de sol, portant des motifs variés,

- un fragment de plomb de vitrage, trois petits grelots de bronze (groupés).

Les objets situés au fond de la fosse, en particulier, les pavés, portaient les traces de concrétions brun-noir.

 
  La fenêtre des latrines

Selon Messieurs Ozouf et Coutard : « vu au binoculaire, l’enduit apparaît comme une sorte de résine brun foncé à petites zones ambrées renfermant des débris végétaux ligneux et des éléments d’origine animale comme de petites chrysalides. La résine englobe un sable grossier. Il semblerait y avoir eu évolution de matières organiques en milieu humide et confiné ».

La taille du réduit, sa position à l’extérieur d’un bâtiment, l’ouverture à la base et enfin ces concrétions, semblent indiquer un usage de latrines. Il faut remarquer cependant que les murs ne portent aucune trace, et que le bâtiment n’est pas en relation directe avec l’extérieur de l’enceinte.
Les objets, en particulier le verre-gobelet et la tuile faîtière, donnent, pour datation vraisemblable, la fin du XVe ou du XVIème siècle. Cette datation est conforme à celle apportée par le jeton, sur le sol de la pièce B.

9 – Entre la tour d’escalier et les latrines 

 

Seul élément à signaler, sous la couche de démolition, correspondant à l’arasement des murs, une plaque de terre limoneuse contenant un peu de charbon de bois et une vingtaine d’épingles !
En bordure de cette couche, une monnaie (demi-niquet ou demi-léopard (Henri V, roi d’Angleterre 1415-1422).

10 – Entre les latrines et le mur d’enceinte 

 

Le recoin, peu accessible, à l’est des latrines, a visiblement servi de dépotoir. Sur 50 cm de hauteur et 3 m2 de surface, on a trouvé une grande quantité de matériel, dans une terre meuble et sableuse :

- beaucoup de coquilles d’huitres,

- de gros os,

- des seaux de tessons (souvent de module important) essentiellement du grès du Domfrontais, à cassure grise,

- des vases d’assez grandes dimensions,

- un gros vase en grès du Bessin, à cassure rouge, incomplet,

- des ustensiles (fragmentaires) en céramique glaçurée (dont un réchaud tripode).

Il y a eu là un apport de déchets, les récipients n’ont, visiblement, pas été cassés sur place, à la différence de ceux trouvés dans les latrines. La fouille s’est arrêtée au niveau d’une couche limoneuse, plus dure, avec des traces de charbon de bois.

Appendice : La conclusion du rapport de fouilles 1989 

 

« Comme nous l’avions pressenti, nous avons bien là une zone résidentielle importante, qui présente des aménagements successifs.
Dans l’état actuel de la recherche, il apparaît que :

- un grand bâtiment rectangulaire (5) occupait l’angle nord-est de l’enceinte : on en possède l’angle sud-ouest. Ses murs étaient épais de 1,50 m.

Son mur ouest incluait deux arcs, faits de grosses plaques de schiste.

- ce bâtiment a été en partie détruit.

- le mur sud a été réutilisé et réaménagé pour servir de mur intérieur au grand bâtiment A B (4).

- la pièce C (1) a été aménagée sur les ruines du mur ouest, 2 m au-dessus de la pièce A (4).

- une tour d’escalier (2) et des latrines (3) ont été appuyées au mur sud.

- la partie nord du mur d’enceinte a été refaite, puisqu’elle est bâtie au nord de la pièce C (1) sur le mur ouest arasé.

Il semble bien que l’on ait là deux grands bâtiments successifs :

- le bâtiment détruit, dans l’angle nord-est.

- au sud de celui-ci, le bâtiment A B, utilisé au XVIème siècle.

La fouille doit se poursuivre dans cette partie du site, afin d’éclaircir un certain nombre de points qui demeurent obscurs.

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