Association de Sauvegarde du

CHATEAU DE GAVRAY

LA FORTERESSE NAVARRAISE

Jeanne de Bourgogne, fille de Louis X le Hutin et de Marguerite de Bourgogne hérite en 1316 du royaume de Navarre à l’âge de 5 ans et devient Jeanne II de Navarre.
En 1328, en échange de sa renonciation au trône de France et de son abandon au domaine royal du comté de Champagne et de Brie, elle reçoit en compensation, notamment, les comtés d’Angoulême et de Mortain. Gavray fait partie de ce dernier et devient propriété des souverains de Navarre. Elle décède le 6 octobre 1349, son fils Charles II dit le Mauvais lui succède.

 
  Jeanne de Bourgogne

La guerre de Cent Ans, qui se déchaîne alors, est la période où le château de Gavray joue son rôle le plus important : la région est au coeur du conflit et la forteresse voit se succéder des occupants navarrais, français puis anglais. Le château est assiégé et pris deux fois par les troupes françaises au cours de ce conflit.


C'est pour l'historien une période faste grâce aux Comptes du roi de Navarre qui détaillent avec beaucoup de précision les dépenses d'approvisionnement, les gages alloués aux soldats, l'état des réserves alimentaires, etc.

Une monnaie de Jean II le Bon, «blanc au châtel fleurdelisé» (1356). Deux de ces monnaies ont été trouvées sur le site du château. Jean le Bon, roi de France de 1350 à 1364, avait marié sa fille à Charles II le Mauvais, roi de Navarre. Ce mariage n'empêcha pas les hostilités entre la France et la Navarre, hostilités au coeur desquelles se trouva le château de Gavray.
avers revers

En 1353, Jean II le Bon, roi de France, ordonne de mettre « sous main » toutes les terres et les châteaux appartenant à son gendre Charles le Mauvais. Six châteaux : Evreux, Pont Audemer, Cherbourg, Avranches, Mortain et Gavray interdisent l’entrée aux gens du roi de France, les capitaines navarrais refusant de les rendre. Une trêve signée à Valognes stipule, notamment, que ces châteaux sont tenus de recevoir des gouverneurs au nom du roi.


En juillet 1360, du château de Gavray où il résidait, Charles le Mauvais adressa des recommandations pressantes aux gouverneurs de ses châteaux et forteresses pour leur mise en état de défense.
Une extraordinaire confusion régnait en Basse Normandie où des troupes circulaient en tous sens. Coutances, était le plus souvent navarraise mais parfois occupée par les gens du roi de France. Saint Lo était française, Torigny navarraise. Le centre de résistance du roi Charles le Mauvais était Gavray dont « les formidables fortifications, boulevard de la puissance du Prince dans le Bocage, éloignaient tous les projets d’attaque » selon Onfroy de Tracy.
Les Anglo-Navarrais s’étaient emparés de Saint Denis le Gast et Hambye, ils défendaient notamment Mortain et Valognes. Guillaume de la Haye était capitaine du château de  Valognes, Olivier de Mauny capitaine de la forteresse de Carentan, Guillaume de Manneville capitaine du château de Chanteloup, Baudet de Saint Paul capitaine de la Bastide des Ponts d’Ouve remplacé en 1363 par Guillaume aux Epaules, qui devint ensuite capitaine du bourg et du château de Gavray.
En 1363, Philippe de Navarre, frère de Charles séjourna à Gavray. En 1364, Louis de Navarre, fils de Charles, après avoir longtemps combattu abandonna Gavray  en octobre.
En 1369, Bertrand de Benauges, maréchal du captal du Buch « es parti de Gavray pour la garde du château, de la ville et du pays environnant ».

 
  Armoiries de Charles II le "Mauvais"

Ferrando d’Ayens, était considéré tantôt comme conseiller du roi de Navarre, tantôt comme gouverneur des terres du roi de Navarre en pays de Normandie. Héroïque soldat, il témoigna à Charles le Mauvais une fidélité et un dévouement à toute épreuve. A l’approche de Du Guesclin, il quitta Evreux pour s’enfermer au château de Gavray. Il savait que cette forteresse renfermait les trésors de son maître et tout ce qui lui tenait le plus à cœur. Enfin, c’était à considérer, Gavray passait pour être « le plus beau Chastel de Normandie » et « être imprenable d’assaut de gens d’armes, de toute artillerie et de tous engins ».

Le siège commence au début du mois de mai, mené par Bertrand Du Guesclin.
« Le lieu élevé où était construit la forteresse, environné de deux rivières, isolé de tous côtés excepté vers le couchant où il était relié à la haute colline de la Lande par un isthme étroit, défendu à son extrémité par deux tours, une tranchée, et dominé en arrière par la grosse tour d’entrée, rendait les approches difficiles. Des batteries de bombardes placées sur le versant de la Lande et sur la hauteur des Bains au midi, auraient pu battre les murailles épaisses des tours et du donjon. Mais l’artillerie, nouvellement inventée, jouait encore un rôle secondaire dans l’attaque des places, et les anciennes machines, les béliers, les tours roulantes, les catapultes étaient encore les armes les plus redoutables aux mains des assaillants. Ces machines ne pouvaient être utilisées contre un château réputé imprenable. Il fallait compter exclusivement sur l’ardeur des assaillants, leur patience, les surprises, et enfin sur le découragement d’une garnison dont tout espoir de secours avait été enlevé ».
Du Guesclin fait construire des bastides (camps retranchés) de part et d’autre du château, pour finalement envoyer chercher à Caen une catapulte. Le transport nécessita trois jours à dix chariots et quatre charrettes.

 
Gravure du château vue prise du nord des rives de la Sienne.
in "Le château de Gavray et la châtellenie de Gavray" de Fernand VATIN - 1937 - Imprimerie Barbaroux

C'est là que se situe l'épisode tant célébré par les historiens locaux : l'héroïque résistance de Gavray, qui ne dut sa chute qu'à un malheureux accident survenu à son gouverneur, Ferrando d'Ayens. Celui-ci, en visitant une tour où était entreposée de la poudre, aurait, avec sa torche, provoqué une terrible explosion, hâtant ainsi la reddition du château.
Le château tombe le 12 mai. Le roi nomme Jehan de Couvran, gouverneur du château puis un mois plus tard ordonne son démantèlement. C’est à ce moment, sans doute, que la tour ronde (dont on a retrouvé les fondations à côté de l’actuel donjon (cf. La tour ronde) est détruite, ainsi qu’une partie du mur d’enceinte et un certain nombre de bâtiments. En 1390, les troupes commandées par Thomas Graffart, pour le compte du roi de France, rasent ce qui reste des fortifications. Toutefois, il ne faut pas entendre la destruction complète des ouvrages, on abattit seulement des murailles et des tours rendant difficiles la mise en défense du château.
Dans les commentaires de sa chronique inédite du XIVe siècle publiée en 1895, Léopold Delisle montre à quel point la noblesse normande était partagée entre le roi de France et le roi de Navarre.
« Gavray fut assiégé pendant le mois de Mai. Le 31 de ce mois, Charles V, roi de France, fit payer 600 francs d’or à 6 chevaliers : Guillaume Paisnel, sire de Hambye, Alain de la Houssaie, Alain de Beaumont, Perceval d’Esneval, Raoul de Beauchamp et Hervé de Mauny, en récompense de leurs services es bastides qui ont esté devant le chastel de Gavray ».
Le 1er juin, Du Guesclin accorda à tous les Navarrais de la garnison du château des lettres de rémission, dont une copie se trouve à la fin du manuscrit 3141 de l’Arsenal. Ces lettres leur avaient été promises au moment de la capitulation. Les défenseurs du château avaient obtenus ce que nous appelons aujourd’hui les honneurs de la guerre, un traitement de faveur justifié à tous points de vue tant par leur courage que par l’importance des murailles qui les abritaient et les rendaient invulnérables.

 
Trace de l'emplacement de la tour ronde totalement détruite

Extrait de la chronique contestée « Du bon duc Loys de Bourbon » de Jean d’Orronville dit Cabaret publiée pour la Société de l’Histoire de France par A.M. CHAZAUD le 4 avril 1876, extrait relatif à la prise du château de Gavray :

  « ………Et le mois de mars ensuivant partirent les ducs de Bourgogne, de Bourbon, le conestable, et leur compaignie pour chevaucher en Normandie, ou conté d’Evreux terre du roi de Navarre, devant Mortaigne* fort chastel et belle ville, et dedans treize jours après qu’ils l’orent assiégée, prindrent la ville d’assault et aussi le chastel, ou ils gaignèrent moult de biens. De là se partirent les seigneurs, et allèrent devant la cité d’Evreux**, ou estoit ung capitaine pour le roi de Navarre, appellé Ferrandon, qui ne se osa fier à demourer à Evreux, quand il vit les seigneurs approucher à tout leur ost, pour assiéger la cité.
 Il laissa tout, et s’enfuit à Gavré*** hastivement, le chastel ou estoit le trésor du roi de Navarre son maistre. Et ceulx de la cité, qui virent leur capitaine s’en partir d’eulx, firent obéissance, et rendirent la cité aux seigneurs pour le roi de France. Et de la ville d’Evreux se partit le duc de Bourgogne, qui s’en alla, pour cause de l’armée qu’il devoit faire en Angleterre. Et le duc de Bourbon, le conestable et l’admiral allèrent o leurs gens devant Gavré***, le plus bel chastel de Normandie, et y mirent leur siège, et eulx estant devant, Ferrandon, qui estoit parti d’Evreux, se tenoit dedans cellui chastel ;advint qu’ung jour il faisoit revisiter la pouldre des canons et l’artillerie dedans une tour, si survint qu’en la revisitant, une chandelle allumée cheut sur la pouldre qui brusla à Ferrandon tout le visage, dont il morut, et deux autres avec lui. Pourquoi ceux de léans furent tous esperdus, et durant cellui espouventement à ceulx du chastel le duc de Bourbon fit tant que ses gens prindent unes faulses brayes par devers une porte au dessoubs du chastel, ou il lougea cent hommes d’armes ; le conestable et le mareschal estoient lougiez de l’autre part de la montaigne, qui les tenoient moult court, et tous les jours les gens du duc de Bourbon parlementoient avecques eulx, qu’ils se rendissent, lesqueulx pour riens ne le vouloient faire, se le trésor du roi de Navarre, qui estoit dedans, ne lui fust porté et rendu, ou il avoit trois moult riches couronnes d’or et de pierreries, qui avoient esté des rois de France et oultre soixante mille francs d’or, ainsi le recongneurent ceulx de léans. Et tantost le duc de Bourbon et le conestable mandèrent au roi, à Paris, la sceue de ce trésor, dont, au bout de trois jours, par devers les seigneurs, vint le sire de la Rivière, hastivement, pour la convoitise dudit trésor porter. Lequel de la Rivière hastoit fort le traictié affin qu’il emportast l’argent, mais le duc de Bourbon, le conestable et le mareschal ne le vouldrent advancier ; tant qu’ils eussent la place pour le bien du roi. Et tant firent les seigneurs, que par assaillir et forte guerre, dedans trois jours après, se rendirent ceux du chastel au duc de Bourbon et au conestable, et baillèrent au sire de la Rivière le trésor qu’il désiroit fort. Puis rasèrent le chastel, comme ils orent fait à Mortaigne*, ainsi comme le roi ot commandé aux seigneurs, s’ils le prenoient de force. Et prins Gavré, allèrent le duc de Bourbon le conestable et le mareschal à Reineville****……………… »

* Mortagne au perche (Orne)
** Evreux (Eure)
***Gavray (Manche)
**** Regnéville (Manche)

 

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THE FORTRESS UNDER THE KING OF NAVARRE

In 1328 the Cotentin came under the authority of the sovereigns of Navarre.

The Hundred Years War, which broke out at that time, was the period during which Gavray enjoyed its greatest importance. Occupants from Navarre, France, and England came one after the other. It was besieged and taken on two occasions during this period.

In 1378, the King of France, Charles the Fîfth, undertook the task of reimposing his authority. It was Bertrand du Guesclin who led the campaign and who gradually retook the places previously occupied by the leaders of England and Navarre. The castle of Gavray, besieged by du Guesclin had to capitulate. The King of France ordered its destruction.

It was no doubt at that time that the round tower (whose foundations were discovered under and alongside the present keep) was destroyed, along with part of the perimeter wall and a number of the buildings.