Association de Sauvegarde du

CHATEAU DE GAVRAY

La Normandie sous Louis IX dit Saint Louis
Période 1226 – 1270

 

Toute cette période est marquée par le règne de Louis IX, dit le Prudhomme et appelé Saint Louis, quatrième fils de Louis VIII le Lion et Blanche de Castille, sacré le 29 novembre 1226 à l’âge de douze ans.
1226 – Blanche de Castille régente le royaume. Elle règle le mécontentement de certains seigneurs dont Philippe Hurepel, demi-frère de Louis, comte de Clermont, de Boulogne, d’Aumale et de Dammartin.
1227 –  Le 6 janvier, à la demande de plusieurs seigneurs, Blanche et son fils, libère Ferrand de Flandre, qui a trahi Philippe Auguste lors de la bataille de Bouvines, en échange d’une rançon et de sa fidélité. Puis, Louis IX fait un effort envers de seigneurs trop remuants, il promet de marier son frère Jean à la fille de Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, en lui donnant en gages plusieurs villes, à Hugues X de Lusignan il promet également de marier son frère Alphonse à une de ses filles et sa sœur Isabelle à l’un de ses fils.
En avril, une trêve est conclue entre le roi de France et Richard de Cornouailles, frère du roi d’Angleterre. Le mois suivant, Henri III demande officiellement une trêve à Louis.

  Louis IX 
 

En été, Philippe Hurepel et Pierre Ier Mauclerc, comte de Bretagne, à la tête de barons qui ne supportent plus d’être dirigés par un enfant et une femme, qui plus est étrangère, prévoient de séparer le fils de sa mère et de ses conseillers pour gouverner en son nom en s’appropriant le pouvoir, les terres et les richesses. Au retour d’une négociation avec les barons de l’ouest, Louis est bloqué à Montlhéry. Avec le soutien des Parisiens, de Ferrand de Flandre et Thibault IV de Champagne, il entre triomphalement à Paris.
1228 – La coalition est reformée, elle est dirigée par Enguerrand III de Coucy, comte de Roucy. Elle ne s’en prend pas directement au roi et à Blanche, mais à l’un de ses plus fermes soutiens, Thibault IV de Champagne. Des rumeurs accusent Blanche de vider les caisses du royaume et d’avoir un amant.
1229 – En octobre, Pierre Mauclerc, duc de Bretagne prête serment d’allégeance envers le roi d’Angleterre.

Pierre Ier Mauclerc  

1230 – Louis IX part en campagne contre Pierre Mauclerc.
En mai, Henri III d’Angleterre, appelé à l’aide par Pierre Mauclerc, débarque à Saint Malo et va s’enfermer à Nantes. Il est rejoint par soixante chevaliers normands, conduit par Foulques Pesnel, qui en lui prêtant hommage et en lui jurant fidélité, lui demandent d’envahir la Normandie lui assurant que la province fera rapidement soumission au fils de son ancien duc-roi. Hubert de Burgh, grand justicier du royaume, s’oppose fermement à ce qu’il considère comme une aventure. Le bailli de Rouen, Jean des Vignes est envoyé rapidement vers les terres rebelles. Il attaque immédiatement la principale forteresse du chef rebelle, La Haye Pesnel, dont il rase le château et met en état de défense des places fortes proches de la Bretagne. Coupés de leur base, les rebelles normands n’ont plus qu’à suivre le roi d’Angleterre dans sa retraite.
Le 10 octobre, Henri III promet à Foulque Pesnel de lui restituer ses biens anglais, ses biens normands étant perdus.
Le 28 octobre, Henri III rembarque sans gloire pour l’Angleterre.
Dans l’hiver, Blanche de Castille soucieuse de mettre fin définitivement à la rébellion normande fait preuve de clémence, Foulque Pesnel rentre en grâce et recouvre son fief de la Haye Pesnel.
1231 – Au printemps, Louis IX entreprend une nouvelle campagne et impose à Pierre Mauclerc une trêve de trois ans. Elle sera renouvelée en 1235, puis pour cinq ans en 1238.
1234 – En novembre, Pierre Mauclerc se soumet, les barons sont rentrés dans le rang.
1242 – Le 20 mai, Henri III débarque à Royan, en Saintonge.
Les 21 et 22 juillet, il est battu par les troupes de Louis IX à Taillebourg et à Saintes. La Normandie n’a pas bougé.
1243 – Une nouvelle trêve de cinq ans est conclue.
1244 – Louis IX, âgé de 30 ans, après avoir été gravement malade fait vœu de croisade contre l’avis de sa mère, Blanche de Castille,  qui joue un rôle essentiel auprès de lui.
1247 – Saint Louis espère régler avant son départ, sur le plan extérieur,  le conflit qui l’oppose au roi d’Angleterre, mission impossible. Sur le plan intérieur, il cherche à remédier aux abus de son administration. Il ordonne une série d’enquêtes confiées à des religieux appartenant aux ordres mendiants : Dominicains et Franciscains. Les enquêteurs s’arrêtent dans des localités où ils s’informent auprès des habitants. Ces résultats intitulés « Querimoniae Normannorum » sont transcrits en latin.
1256 – Saint Louis effectue une première grande tournée en Normandie, tournée qui permet à la population de voir le roi en chair et en os.

 
  Henri III
 

1258 – Le 28 mai, partisan d’une véritable entente franco-anglaise, Saint Louis, redoutable politique et fin diplomate, comme son aïeul Philippe Auguste, la réalise avec le Traité de Paris. Eudes Rigaux, archevêque de Rouen et chancelier accepte les termes du traité au nom du roi de France et des Normands. Raoul, archevêque de Tarentaise, apporte la caution de l’empereur d’Allemagne, et sont jurés par les procureurs du roi d’Angleterre, Simon de Montfort, comte de Leicester, Pierre de Savoie et Hugues Bigot.   
1259 – Le 4 décembre, le Traité est ratifié, le roi d’Angleterre Henri III Plantagenêt  rend l’hommage à Saint Louis.
Aux termes de ce traité :
Saint Louis rétrocède à Henri III la suzeraineté sur le Limousin, le Périgord, la Guyenne, le Quercy, l’Agenais et la Saintonge en contre partie le roi d’Angleterre s’engage, pour ces possessions, à rendre au roi de France l’hommage féodal dû au suzerain.
Saint Louis conserve la Normandie et les Pays de Loire (Touraine, Anjou, Poitou et Maine).
Ce traité fait de concessions réciproques et appuyé par les victoires des armées françaises fait du roi de France le monarque le plus puissant d’Occident. Il met fin à ce que certains historiens modernes ont proposé d’appeler « la première guerre de Cent Ans » débutée avec le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt.
Les Normands, soulagés, applaudissent ce traité et apprécient, de plus en plus, que Saint Louis veuille faire de la France « la fille aînée de l’église ».
1270 – Le 25 août, Saint Louis meurt de la peste ou de dysenterie sous les murailles de Tunis au cours de la huitième croisade. Philippe, fils de Louis IX et de Marguerite de Provence, lui succède à l’âge de 15 ans, sous le nom de Philippe III, dit le Hardi.
Philippe ne s’occupera pas vraiment de sa « belle province », occupé qu’il est à guerroyer, avec succès, dans le sud de la France.

Traité de Paris 1259  

Le clergé et les hospices d’assistance sous Louis IX, Saint Louis

Le clergé séculier
Contrairement aux règnes précédents, la liberté effective des évêques n’est pas respectée. Ils sont choisis parmi les Français de l’entourage royal, comme pour les hauts postes administratifs. Ils sont à la tête d’un clergé très nombreux. La Normandie compte 4 000 paroisses de faible superficie, à l’exception du diocèse de Rouen, le plus riche et le plus convoité du royaume, divisé en 6 archidiaconés, 28 doyennés et 1 400 paroisses. A titre comparatif, le deuxième, Bayeux, ne compte que 600 paroisses.
Les clercs normands bénéficient, comme tous les clercs du royaume, du « for » ecclésiastique et de deux spécificités normandes : « l’immunité » et les « patronages laïcs ».
Le « for » ecclésiastique les dispense de payer les impôts laïcs, seigneuriaux et royaux. Les « décimes » dus au roi, à partir du milieu du XIIIe siècle, ne peuvent être recouverts qu’avec l’autorisation du pape.
L’ « immunité » concerne les abbayes, qui échappent à la fois à l’autorité de l’évêque diocésain et à celle des représentants locaux du roi.
Le « patronage laïc » concerne les nombreuses églises encore tenues par des laïcs. Les seigneurs locaux ou le roi lui-même jouissent du droit de présentation des curés dans de nombreuses paroisses rurales.
Enfin, le clergé séculier est dispensé du service militaire et respecte de plus en plus l’interdiction du mariage.
Les chapitres
La hiérarchie épiscopale comprend :
-les archidiacres et les chanoines  du chapitre cathédral qui résident dans la ville épiscopale et sont rémunérés par une « prébende » (revenu d’une terre située dans le diocèse),
-les vicaires, les chapelains et les prêtres forment le « Bas Chœur »). Les vicaires assistent les chanoines et les remplacent le cas échéant. Les chapelains ont la charge des chapelles construites autour du chœur, puis le long des bas-côtés de la nef de l’église. Les prêtres sont chargés des « messes d’obit » (messes dites au jour anniversaire d’un donateur ou du bénéficiaire).  
Le clergé paroissial
Chaque paroisse comprend, en général, plusieurs prêtres. Le curé a charge d’âme, et des vicaires qui le secondent. Cellule de base de la Société, le curé apparait comme le chef naturel d’une communauté rurale.
Le clergé régulier
Malgré la décision, de chaque côté de la Manche, de ne pas soumettre les établissements monastiques au même choix que les seigneurs laïcs, en pratique les abbayes normandes ne peuvent jouir de leurs biens anglais que de manière intermittente.
L’apparition et l’essor des ordres mendiants : Franciscains, Carmes, Dominicains et Augustins, introduit de grands bouleversements dans la Normandie religieuse.
Eudes Rigaud, né dans une famille de petite noblesse vers 1210, entre chez les frères mineurs franciscains, vers 1230, il en deviendra rapidement l’un des plus grands intellectuels. Sacré archevêque de Rouen (1248-1275), poste le plus convoité du royaume, il est connu pour son journal des visites pastorales qu’il effectue  dans l’ensemble de la province en 1250 et 1255. Il y relate avec précision la vie en Normandie, il y constate l’insuffisance de la réforme des membres du clergé. Au cours de son archiépiscopat, il aide et multiplie de nombreuses fondations : les Templiers vers 1250, la collégiale Notre Dame de la Ronde (1255), les Trinitaires (1259), les Carmes (1260), les Dominicaines aux Emmurés (1261) et consacre l’église du couvent des franciscains de Rouen (1261). Membre de droit de l’échiquier de Normandie, il joue un rôle important à la conclusion du traité de paix entre Saint Louis et le roi d’Angleterre. Le 15 mars 1270, après avoir prêché la croisade, il rejoint l’armée des croisés. Avant de mourir, Saint Louis le désigne parmi ses exécuteurs testamentaires.

 
  Crypte de la cathédrale de Bayeux
 

Les établissements d’assistance

Au XIIIe siècle, la Normandie se couvre d’un véritable réseau d’établissements d’assistance, de plus en plus spécialisés : les léproseries ou maladreries, les hôpitaux ou hôtels –Dieu. Les évêques s’intéressent de très près au mouvement de création de ces nouveaux établissements, dont certains déploient une activité remarquable, qui témoigne d’une réelle volonté de répondre aux besoins de la population en matière d’assistance, de soulagement des pauvres et des malades, activité traditionnelle de l’Eglise.
Certains établissements, pour échapper à la tutelle de l’église, se sont adressés directement au roi. Louis VIII avait couché sur son testament, en 1225, des donations à 1 500 hôpitaux de son royaume. Saint Louis se montre très attaché au développement de ces établissements d’assistance, le plus souvent, il s’agit de relance d’établissements qui végétaient, par de substantielles donations.

   

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