Association de Sauvegarde du

CHATEAU DE GAVRAY

LE BATIMENT AB

 

3.1 Les structures apparentes 

C’est un vaste bâtiment dont il ne reste que le sous-sol et dont l’aspect extérieur ne peut être envisagé.
Ce sous-sol, d’environ 16m x 6m, est séparé en deux pièces communicantes par un mur médian épais d’un mètre appuyé aux murs nord et sud du bâtiment. Il inclut des matériaux de réemploi (carreaux de pavage, tuiles) qui indiquent un aménagement tardif. Sa finition était néanmoins soignée : les joints, au mortier de chaux, sont soulignés d’un trait de truelle. L’embrasure, dont les pierres d’angle sont soignées, montre que la porte ouvrait sur la pièce A par laquelle on accédait au sous-sol.

 

Ce bâtiment est appuyé, à l’est, au mur d’enceinte (qui lui est donc antérieur). Ce mur d’enceinte présente à cet endroit une légère inflexion, un mur intérieur rectiligne est venu le doubler. On y voit aucune trace de mortier apparent ou de joint. Les pierres sont de module irrégulier. Il est conservé sur une hauteur de 4 m.
Le mur sud n’a pas été totalement dégagé de la terre et seule sa face intérieure peut être observée. Il semblerait qu’il ait reçu, lui aussi, un doublage intérieur, au moins dans la partie est. Vers son extrémité ouest, quelques pierres manquantes montrent qu’il est, à cet endroit, accolé au rocher.
La présence du rocher est confirmée, également, dans l’angle sud-ouest.
Le mur ouest, de faible épaisseur (0m70), présente, en parement, des pierres de plus petit module que les autres murs.

 

Un escalier, d’au moins 8 marches (la base n’est pas apparente) est appuyé sur le mur ouest. Son soubassement est constitué de poudingue pourpré, comme le reste des constructions. Les marches sont faites de dalles de couleur (verdâtre, rougeâtre) et des faciès variés, gréseuses, schisteuses, micacées. Toutes peuvent avoir une origine locale, emprunt aux « dalles de Campeaux inférieures » et aux « dalles de Campeaux supérieures ».

L’accès au sous-sol se faisait-il par la pièce A, à partir de laquelle on pouvait gagner la pièce B ?

La pièce A, vu de l’est, en fin de chantier

Une structure découverte entre l’escalier et le mur sud permet d’imaginer comment, de ce côté, la pièce était éclairée : on a là, en effet, la base d’un soupirail.

 
La pièce A entre le mur sud et l’escalier : le soupirail
 

Le mur nord présente un aspect particulier à son extrémité ouest. Relativement homogène sur toute sa longueur, il montre là un décrochement important et une reprise de construction évidente : le mur se terminait à 2 m environ de l’extrémité ouest du bâtiment (chaînage d’angle apparent). L’ouverture qui existait à cet endroit a visiblement été bouchée par un mur moins épais dont les pierres, de module plus petit, rappellent celles du mur ouest.

La pièce A : le mur nord, vu de l’escalier : reprise des constructions

La fouille de la pièce C est venue confirmer cette observation : le mur nord des pièces A et B est en fait le mur extérieur d’un bâtiment en partie détruit, qui occupait l’angle nord-est de l’enceinte.

Enfin, ce bâtiment comportait un étage planchéié, à peu près au niveau d’occupation de la pièce C voisine. La découverte d’une tour d’escalier permettait d’envisager un second niveau.

3.2 La fouille

Au terme d’un fastidieux travail d’enlèvement d’une importante couche de démolition, une couche de limon, sur laquelle reposait des tuiles brisées et de nombreuses pierres taillées, a été mise au jour dans la pièce A.
Ces pierres taillées étaient une grande nouveauté sur le site. Leur présence semblait indiquer qu’un effondrement avait eu lieu avant leur récupération et permettait d’espérer, en dessous, des couches préservées.
C’étaient des fragments d’arc, des corbeaux, des linteaux, qui indiquent l’existence d’une construction soignée. Ils sont pour la plupart des granites.

 
Le bâtiment AB, vu du sud-est, avant la fouille
 

Selon le rapport géologique de Messieurs Ozouf et Coutard :

- « La roche provient du batholite de Vire-Carolles (…). Les exploitations connues les plus proches de Gavray se situaient à Noirpalu et Bourguenolle, environ 14 km au sud ».

- au cours de la fouille des mêmes salles, un bloc quadrangulaire et émoussé de falun coquillier miocène tendre et jaunâtre a été découvert. Cette présence est intrigante. Ce type de roche n’est connu que dans le col du Cotentin et le bassin de Rennes. En ce qui concerne le Cotentin, les faluns ont été exploités  comme pierre de taille (sarcophages, claveaux de voûtes d’églises, pierres d’appareil d’ouvertures) à Saint-Georges-de-Bohon, Sainteny, Auxais, Picauville. Un gisement existe aussi sur la côte ouest du Cotentin à Gouville.

Le bâtiment AB : évacuation de la terre

souvent les blocs isolés proviennent d’autres monuments et sont des réemplois à plus ou moins longue distance ».                                              

Cette couche de limon n’est pas plane mais en forme de cuvette, marquant un net affaissement vers le centre de la pièce, elle présente deux anomalies :

- l’une, est un trou creusé au pied de l’escalier : il correspond à un arrachement des dalles de marches. Visiblement on a cherché à atteindre le bas de l’escalier,

- l’autre, dans l’angle sud-ouest de la pièce, le limon forme une « coulée » le long du mur ouest, comme s’il avait glissé d’un niveau supérieur.

 
  Le bâtiment AB : fin de fouilles 1989

La fouille de la pièce A apportait la certitude que les deux pièces A et B communiquaient. Or le premier niveau d’occupation venait d’être mis au jour en A, il se trouvait à plus de 3 m en-dessous du niveau de remplissage de la pièce B.
Au cours des travaux de déblaiement de la pièce B, comme dans la pièce A apparurent, notamment, quelques belles pierres taillées, de même type et de même nature.

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